Sciences et santé
En matière de vaccins, « je ne défendrai pas le marketing agressif des firmes »
13/11/2008 11:30
Entretien avec Béatrice Swennen, membre du Conseil supérieur de la Santé, l'organe d'avis scientifique du SPF Santé publique qui constitue le point de contact entre le monde politique et le monde scientifique dans le domaine de la santé publique.
L'organisation d'une campagne de vaccination avec des remboursements était-elle nécessaire alors que des scientifiques comme le Pr Béraud (qui a donné à ce sujet une interview au quotidien français Le Monde) jugent que le vaccin est inutile, et que des voix s'élèvent pour dire que l'on n'a pas assez de recul à son sujet ?
On a 6 ans et demi de recul, on sait donc que le vaccin protège contre l'infection par les souches concernées au minimum pendant ce laps de temps. Il semble qu'il existe aussi une « protection croisée » contre les autres souches de HPV non incluses dans les vaccins. On sait aussi qu'on ne mesure vraiment l'impact d'un tel vaccin que 10 à 20 ans après son administration. Dès lors, on aurait pu décider de vacciner seulement une « cohorte » (NDLR : une population-témoin) et attendre 30 ans pour observer la protection obtenue.
Mais on a déjà la preuve que le vaccin protège contre les lésions légères, alors pourquoi se priver de cet outil ? Surtout quand on sait qu'un col cicatrisé (NDLR : après traitement des dysplasies causées par certains HPV) peut créer des complications obstétricales, par exemple. Donc je pense qu'il faut vacciner mais avec des balises : administrer les injections avant le début de la vie sexuelle, et continuer à surveiller les femmes vaccinées, qui doivent continuer à subir des frottis réguliers. On doit aussi surveiller si des effets secondaires se manifestent et si des résistances du virus apparaissent. Bref, mesurer sur la distance si le rapport bénéfices/risques reste en faveur du vaccin.
Les détracteurs du vaccin citent plus de 20 décès aux Etats-Unis et dénoncent les lacunes de notre système de pharmaco-vigilance...
Le Vaccine Adverse Event Reporting System (VAERS) américain fonctionne mieux que notre système de pharmaco-vigilance. Cela dit, j'ai lu le dernier rapport du CDC (Center for Disease Control) des Etats-Unis, daté du 21 octobre. 27 décès ont été constatés à la suite de l'administration du vaccin, parmi ces derniers, 3 ont des causes inconnues, 5 restent à éclaircir, mais aucun lien n'a été démontré avec le vaccin.
Les firmes tentent de convaincre les femmes « de 7 à 77 ans » de se faire vacciner, est-ce normal ?
Je ne défendrai pas le marketing agressif des firmes, ces spots que l'on voit au cinéma où mère et fille vont se faire vacciner, je les déplore. Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain : le vaccin est intéressant, il faut s'en servir. Cela dit, le Conseil Supérieur préconisait de vacciner les filles de 11 à 13 ans, et on parle d'étendre le remboursement aux filles jusqu'à 18 ans. On sort des recommandations scientifiques.
Le frottis est l'arme la plus efficace contre le cancer du col, lit-on dans les revues médicales. Pourquoi y ajouter ce vaccin ?
En Belgique, on fait suffisamment de frottis pour dépister 1,5 fois la population. Mais le dépistage est mal organisé, des femmes font trop de frottis, d'autres n'en font jamais. Le meilleur moyen de protéger ces femmes qui échappent à la surveillance médicale est de leur administrer le vaccin à l'école. C'est ainsi que l'on peut briser les inégalités sociales.
Le principe de précaution n'est pas justifiable dans ce cas. 200 femmes meurent chaque année de ce cancer, elles sont très majoritairement de milieux défavorisés, on doit tenter d'éviter ces décès.
Si on extrapole à la Belgique les chiffres donnés par le Pr Béraud, le vaccin, dans le meilleur des cas, pourrait éviter 13 décès par an. Or son prix est très élevé. Cet argent ne serait-il pas plus utile ailleurs ?
Il n'y a pas que les 13 décès qu'on empêche qui doivent entrer en ligne de compte. Il y a les examens médicaux, les biopsies, les traitements, les angoisses des femmes, les risques obstétricaux. Bref, un coût humain et financier important.
Les pressions des fabricants sur le Conseil ont sans doute été considérables. A-t-il pu faire son travail sereinement ?
C'est presqu'insultant de dire que le Conseil scientifique est à la merci des producteurs. Nous sommes des scientifiques, et nous devons déclarer tout conflit d'intérêts.
Le Gardasil et le Cervarix sont obtenus par génie génétique. Ils contiennent de l'aluminium, qui est neurotoxique. Le Gardasil contient du polysorbate 80 et du borate de sodium, cancérigènes. Le Cervarix contient de l'ASO4 pour lequel on a peu de recul. Certains médecins dénoncent la nocivité de ces cocktails, qu'en pensez-vous ?
Il est nécessaire d'avoir un adjuvant dans un vaccin. L'aluminium est un stabilisateur bien connu et il stimule l'immunité. Et l'enregistrement des vaccins avant leur mise sur le marché est un processus long et exigeant. Je peux vous assurer que les premiers vaccins élaborés par Pasteur ne seraient certainement pas autorisés aujourd'hui. Par ailleurs, s'il y avait le moindre doute sur l'innocuité d'un quelconque vaccin, il serait retiré immédiatement.
Entretien: A.P.


