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Laurette Onkelinx : A propos des vaccins, «rien ne permet de douter de l'intégrité des experts»

13/11/2008 11:58

De plus en plus de scientifiques remettent en cause l'utilité des vaccins anti-HPV. Ils en soulignent les inconnues et affirment qu'il est trop tôt pour lancer des campagnes. Entretien avec Laurette Onkelinx, ministre des Affaires Sociales et de la Santé Publique.

Remarques préliminaires : de plus en plus de scientifiques (comme le Pr Béraud en France, qui a donné à ce sujet une interview au quotidien Le Monde, ainsi que les signataires d'un éditorial du New England Journal of Medicine remettent en cause l'utilité des vaccins anti-HPV. Ils en soulignent les inconnues (entre autres : pas assez de recul, possible besoin de rappels, possible création de résistances, rapport coût/bénéfice pas à l'avantage de la vaccination, supériorité du frottis de dépistage, communication biaisée des fabricants sur la prévalence des souches de HPV, etc.) et affirment qu'il est en tous les cas trop tôt pour lancer des campagnes.

La ministre autrichienne de la Santé, qui est médecin (Dr Andrea Kdolsky), a décidé de retirer les vaccins anti-HPV du programme officiel et de cesser de les rembourser, à la suite d'un rapport démontrant que l'efficacité au long cours d'une telle vaccination sera tout à fait négligeable.

A savoir que même si on vaccinait 85 % des jeunes filles de 12 ans par Gardasil jusqu'en 2060 - et ce en supposant qu'il est efficace à 100 % et immunise à vie, ce qui n'est pas prouvé - on n'atteindrait au bout de 52 ans qu'une diminution de 10 % des cas de cancer du col de l'utérus. Et la mortalité ne baisserait que de 13%.

Si l'on part des calculs du Pr Béraud, l'hypothèse la plus haute (pas forcément la plus probable) serait que l'on éviterait 13 décès par an en Belgique.

Au vu des faits mentionnés ci-dessus, ne vaut-il pas mieux réaffecter les considérables budgets alloués à ces vaccins à l'amélioration des frottis ?

Laurette Onkelinx: l'amélioration des frottis est tout à fait cruciale, tout comme l'accroissement des vaccins. Ils sont complémentaires. La prévention est un volet important de toute considération de santé publique. Lors de l'élaboration du Plan National Cancer début d'année 2008, les experts consultés ont estimé sur base des données scientifiques disponibles qu'un programme de vaccination des jeunes adolescentes contre le papillomavirus était tout à fait opportun. Des concertations sont toujours en cours avec les entités fédérées afin que ce programme de vaccination soit mis en place selon les meilleures modalités possibles.

Remettez-vous en question la décision d'inciter toutes les jeunes filles d'une tranche d'âge à se faire vacciner et celle de rembourser le vaccin ? N'y a-t-il pas un risque de transformer en « cobayes » ces jeunes filles, puisqu'on considère que le vaccin aura un effet à 15, voire 30 ans, et qu'on n'a que 6 ans et demi de recul ?

Il va de soi que les experts intervenant dans ce dossier tiennent compte des dernières publications en la matière et que leur avis sera suivi. La difficulté dans les actions de prévention du cancer est qu'il faut souvent plusieurs décennies pour pouvoir objectiver clairement leurs bénéfices. C'est la raison pour laquelle il est d'ailleurs bien envisagé dans le cadre de ce programme de vaccination de réaliser un enregistrement permettant d'évaluer l'efficacité du programme au cours du temps.

Existe-t-il des raisons de penser que les données concernant les femmes belges sont fondamentalement différentes de celles des Autrichiennes ?

En ce qui concerne plus spécifiquement la situation autrichienne, il est important de souligner les différences avec la situation en Belgique : en Autriche, il n'existe pas de programme de dépistage du cancer du col de l'utérus, on y a plutôt investi massivement dans un programme de vaccination (incluant même les garçons). En Belgique, par contre, on travaille sur plusieurs aspects : vaccination, dépistage et suivi épidémiologique.

En ce qui concerne le dépistage du cancer du col utérin par frottis cervical, il est clair que la volonté est d'améliorer ce dépistage et d'en faire bénéficier le plus grand nombre de femmes. Ce dépistage reste crucial et doit être promu même si des campagnes de vaccination contre le papillomavirus sont mises en place. Des mesures ont été prises au niveau de l'INAMI afin que les frottis de col utérin soient réalisés de manière conforme aux recommandations internationales (guidelines) et que les moyens ainsi dégagés permettent de couvrir une plus grande population de femmes.

S'il est vrai que les compétences en la matière sont éparpillées entre le fédéral et les entités fédérées, on travaille actuellement ensemble en groupe de travail afin de coordonner les efforts de la meilleure manière.

Des articles comme celui du NY Times évoquent des pressions considérables des fabricants, des cas de corruption active. Il précise qu'en Europe, les autorités sanitaires ont souvent décidé le remboursement avant d'avoir l'avis des conseils scientifiques, ou, comme en Belgique, ils sont allés au-delà des recommandations, en augmentant la tranche d'âge concernée.

Je n'ai pas la même lecture que vous. Dans ses recommandations de 2007 (répétées d'ailleurs en octobre 2008) le Conseil Supérieur de la Santé stipule l'utilité de la vaccination pour les filles de 10 à 26 ans. Dans le cadre du Plan Cancer, j'ai décidé d'élargir le remboursement jusqu'à l'âge de 18 ans, ce qui reste donc en dessous des recommandations du CSS.

Pourquoi avoir choisi d'aller au-delà des recommandations du CSS ? Est-ce à cause du poids en matière d'emploi de l'industrie pharmaceutique ? Y a-t-il eu des pressions, directes et/ou indirectes ?

Le vaccin est le plus efficace chez les filles n'ayant pas encore eu de relations sexuelles. L'élargissement de la tranche d'âge concernée a été proposé afin de couvrir les adolescentes pouvant bénéficier du vaccin le temps que les programmes de vaccination des adolescentes de 12 ans soient mis en place. A terme, cet élargissement de la tranche d'âge devrait devenir de moins en moins utile.

Les seules pressions dont j'ai fait l'objet sont celles du monde scientifique et celles de dizaines de mails et de lettres de parents et d'associations de patients et de lutte contre le cancer qui me demandaient un élargissement de la tranche d'âge de remboursement, vu le coût du vaccin et son trop récent remboursement pour permettre à des jeunes filles au-delà de 15 ans d'en bénéficier.

Il était en effet difficile de continuer à refuser le remboursement aux jeunes filles parce qu'elles venaient de passer l'âge requis.

Pensez-vous que le Conseil Supérieur de la Santé soit suffisamment protégé contre les conflits d'intérêts, alors que la grande majorité de ses membres ont ou ont eu des liens avec les deux firmes concernées ? Une simple déclaration de conflit d'intérêt est-elle suffisante pour garantir l'indépendance de cet organisme ?

Ce sont des accusations graves qui offensent les membres du Conseil Supérieur de la Santé. Rien jusqu'à présent ne me permet de douter de l'intégrité des médecins et scientifiques réputés qui y siègent.

Le vaccin fait l'objet d'un marketing agressif . Les firmes incitent les mères à se faire vacciner avec leurs filles, ce qui n'a pas de sens si l'on se fie aux recommandations du CSS (vacciner avant le début de la vie sexuelle). Le SPF ne devrait-il pas mettre fin à ces pratiques ?

Il existe une législation sur la promotion des médicaments et l'Agence fédérale du Médicament veille à sa bonne application. Elle mériterait sans doute d'être encore renforcée mais je ne dispose à l'heure actuelle d'aucun élément me permettant de dire que les firmes ont contrevenu à cette législation.

Les vaccins contiennent des doses non négligeables d'aluminium (en adjuvant - l'aluminium est neurotoxique), l'un contient de l'AS04 dont les effets à long terme sont mal connus, l'autre du polysorbate et du borate de potassium, cancérigènes. Ne vaudrait-il pas mieux, dans le cadre du Plan Cancer, adopter un principe de précaution (améliorer le dépistage par frottis et attendre d'avoir assez de recul pour juger de l'utilité du vaccin) plutôt que d'exposer les jeunes filles à ces polluants ?

Encore une fois, l'idée n'est pas de diminuer le dépistage du cancer du col mais bien de le promouvoir. Les mesures de prévention, quant elles existent, permettent d'éviter que la maladie ne survienne; le dépistage, quant à lui, permet seulement de déceler des lésions cancéreuses ou précancéreuses existantes, pas d'empêcher que la maladie ne survienne.

Il est évident que tout acte médical présente un certain risque qui doit toutefois être comparé avec ses bénéfices pour la santé. Comme pour tout nouveau médicament, la vigilance reste de mise. Un système pour détecter les effets non-désirables est en place, pour ce vaccin comme pour tout autre médicament.

Entretien : A.P.


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Laurette Onkelinx: "tout acte médical présente un certain risque qui doit toutefois être comparé avec ses bénéfices pour la santé". - Belga

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