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Vaccins «contre le cancer du col de l'utérus» : vérités et mensonges

13/11/2008 11:45

Un grand succès ? Ou une mesure inutile, coûteuse et potentiellement dangereuse ? Les polémiques font rage autour du vaccin destiné à lutter contre un virus dont certaines souches peuvent provoquer des cancers du col de l'utérus.

« J'aime mon utérus », proclament les publicités, photos de mères et de filles sur fond rose à l'appui. C'est peu de dire que ces deux nouveaux vaccins, baptisés Gardasil et Cervarix, font l'objet d'une campagne très agressive. Ils ont pour cible le papillomavirus humain (connu par son sigle en anglais, HPV), qui se transmet par voie sexuelle. Problème : tous les experts ne s'accordent pas sur l'efficacité et les effets à long terme de ces vaccins.

Le HPV est présent chez 80 % des femmes qui ont débuté leur vie sexuelle. Dans 90 % des cas, le virus disparaît spontanément dans les deux ans. Dans les autres cas, il peut causer des lésions (appelées dysplasies). 3 % de ces dysplasies, si elles ne sont pas traitées, dégénéreront, après plusieurs années, en cancer.

Les lésions se détectent grâce à des frottis (par exemple lors des visites de contrôle chez le gynécologue) et peuvent être traitées par laser ou conisation (abrasion des cellules touchées).

Les fabricants assurent que leur produit protège contre 70 à 80 % des cancers du col. Un calcul contesté par d'autres scientifiques, qui rappellent que la prévalence (c'est-à-dire la fréquence) des souches varie fortement dans le monde. Il faut dire que 80 % des décès attribués au cancer du col de l'utérus surviennent dans le tiers monde. En Belgique, 300 femmes meurent chaque année des suites de ce cancer. Dans nos pays, les femmes touchées sont très majoritairement celles qui n'ont pas fait réaliser de frottis réguliers.

Dès lors, à quoi sert une vaccination massive ? Un éditorial du célèbre New England Journal of Medicine, publié en août dernier, juge que le lancement de campagnes de vaccination est prématuré. Et pourtant, la Communauté française n'a pas fait dans la dentelle, en envoyant en février dernier à toutes les adolescentes une lettre personnalisée les invitant à se faire vacciner...

« Ce n'est pas aux politiques de décider si un vaccin est bon ou non, se défend Marie Arena, ministre-présidente de la Communauté française à l'époque. C'est le rôle du Conseil Supérieur de la Santé, composé de scientifiques. Et puisque la Commission du remboursement jugeait utile de rembourser ce vaccin, mon rôle était de le faire savoir aux publics concernés. »

Après le décès d'une jeune fille qui avait reçu le vaccin, la ministre de la santé autrichienne, la Dr Andrea Kdolsky, après avoir demandé un rapport, a décidé de retirer le vaccin anti-HPV des recommandations officielles et de ne plus le rembourser.

L.V.

27 décès aux Etats-Unis

Lorsqu'un médecin relève chez un de ses patients un effet secondaire ne figurant pas dans la notice, il doit en référer au centre d'information pharmacothérapeutique de son pays. Mais il est établi par de nombreux scientifiques que ces centres n'ont connaissance que de 10 %, au maximum, des cas avérés de réactions au produit. Les raisons ? D'une part le patient n'avertit pas toujours son médecin et, d'autre part, patients et médecins rechignent souvent à établir un lien de causalité entre un vaccin et un effet secondaire. Les troubles seront attribués à un virus, par exemple. Des failles qui protègent de facto les intérêts de l'industrie. « Le Vaccine Adverse Event Reporting System (VAERS) américain fonctionne mieux que notre système de pharmaco-vigilance, reconnaît la Dr Béatrice Swennen, du Conseil Supérieur de la Santé. Qui examine régulièrement les rapports du Center for Disease Control des Etats-Unis au sujet des vaccins anti-HPV. J'ai lu le dernier, daté du 21 octobre. 27 décès ont été constatés à la suite de l'administration du vaccin, parmi ces derniers, 3 ont des causes inconnues, 5 restent à éclaircir, mais aucun lien n'a été démontré avec le vaccin. » En Europe, les organismes chargés de la pharmaco -vigilance n'ont pas non plus établi de lien entre les 3 décès constatés et l'administration du vaccin.

L.V. et A. P.


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Les fabricants assurent que leur produit protège contre 70 à 80 % des cancers du col. - Shutterstock

Les fabricants assurent que leur produit protège contre 70 à 80 % des cancers du col. - Shutterstock

Quand les politiques vont plus loin que les médecins

Le vaccin « contre le cancer du col de l'utérus » a déferlé sur le marché, les articles élogieux se sont multipliés et le monde politique a embrayé... Trop vite ? Le CSS recommandait « de vacciner les filles d'un âge compris entre 10 et 13 ans et de continuer les dépistages ». De son côté, le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) insistait sur l'importance de promouvoir le frottis de dépistage. Forte de ces avis, la Conférence interministérielle n'a pas tranché sur la gratuité du produit. Mais le Fédéral a pris les devants et décidé unilatéralement de rembourser le vaccin pour les 12-15 ans (alors que le CSS parlait de 10 à 13 ans !). Motivée par cet élan, la Communauté française a écrit une lettre aux familles (adressée maladroitement aux jeunes filles) pour rappeler le remboursement de ce vaccin... Alors que le dépistage (frottis) reste l'arme la plus efficace, de l'avis des scientifiques.

L.V.

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