Critique comic : Phase 7
L'Employé du Moi
Alec Longstreth est un stakhanoviste du comic. Depuis 2002, il dessine et auto-publie son fanzine Phase 7 , agrafe et envoie les exemplaires à ses abonnés, à l'arrache - quand ce n'est pas sa mère qui s'en charge... Du fait-maison total, qui mêle, avec beaucoup de pertinence, deux aspects de cette génération de comics à la limite de l'underground : «voici comment j'en suis arrivé là» et «cette BD se compose en direct sous vos yeux». Le premier est désormais courant ; le second, plus difficile à réussir.
Au-delà des références - l'incontournable Robert Crumb, notamment - Alec Longstreth expose un talent en train de s'affirmer, de s'affiner au fil des numéros de Phase 7 . L'ascension du gars qui fabrique des décors de théâtre vers l'auteur couronné par deux Ignatz Award, le prix dans son secteur. Une existence soumise à un vœu fondateur : ne pas laisser passer une journée sans dessiner. Seuls trois jours feront exception, «une fois avec Carolyn, une autre où j'ai passé la journée avec mon père, et enfin une fois où je me suis préparé toute la journée pour aller à un festival bande dessinée».
L'autre dimension de Phase 7 , c'est donc cette passionnante mise en image de la technique, cette «cuisine» de l'art que Louis-Ferdinand Céline préférait cacher. Des pages à la fois théoriques et pratiques qui rappellent Scott McCloud - «le génie de la bande dessinée dont le livre L'Art invisible a, à jamais, complètement changé ma vie» - mais aussi l'un des premiers «manuels» du genre, le Comics & Sequential Art de Will Eisner. Sur les pas de son illustre saint-patron, Longstreth pratiquera également les fameuses «24 heures de la BD», dont l'idée est de produire 24 pages en une journée de dessin non-stop. Seul ou à plusieurs, peu importe : l'essentiel est de bosser.
Autant dire que la publication de cette sélection de 200 pages, en français chez les Bruxellois de L'Employé du Moi, est une excellente nouvelle.
L'Employé du Moi
par Vincent Degrez | | réactions | réagissez ici
