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Bart De Wever: "Je suis menacé par les belgicains"

15/09/2008 14:19

Plus d'un an que la Belgique vit suspendue aux états d'âme du président de la N-VA. Il menace la survie du gouvernement Leterme et interdit tout compromis communautaire. Pis : il a d'ores et déjà fait la démonstration que la Belgique est condamnée.

Qui est vraiment Bart De Wever (37 ans), président de la N-VA, ce parti nationaliste et séparatiste flamand, allié au CD&V ? Un vulgaire boutefeu ? Un provocateur qui, d'ultimatum en ultimatum, brûlerait toutes ses cartouches et perdrait sa crédibilité ? Un stratège mû par la perspective de négocier de plantureux portefeuilles ministériels au sein du gouvernement flamand, au lendemain des élections régionales du 7 juin prochain, en échange de sa loyauté au cartel ? Un négationniste-raciste-extrémiste ? Un homme menacé de mort en raison de ses opinions politiques ? Un idéologue sincère ? Un bouc émissaire commode pour les francophones ? Sans doute à la fois rien et un peu de tout cela à la fois. Entre la vérité et les mirages, on perd la tête.

Ce qui est sûr, en revanche, c'est qu'il tient le pays en haleine - et en otage - depuis juin 2007, date des dernières élections fédérales. « C'est un revolver pointé sur la tempe du Premier ministre », résume une éminence du gouvernement Leterme. Pour quelles raisons ? Parce que son alliance avec le CD&V a, jusqu'ici, interdit à ce dernier de céder à la tentation de tout compromis trop « déshonorant » avec les francophones. A chaque négociation, la N-VA a fait savoir que ses limites étaient dépassées. Yves Leterme n'est jamais passé outre à ses coups de semonce. Néanmoins, après plus d'un an de crise, la « grande » réforme de l'Etat réclamée par la Flandre est restée lettre morte. Et Leterme est toujours là. Son gouvernement n'est pas tombé et le cartel a, jusqu'ici, tenu le coup.

« Les roulements de mécanique de l'homme fort de la N-VA n'impressionnent désormais plus grand monde », entend-on de-ci de-là. Méfions-nous des apparences. Le pouvoir de l'homme « le plus détesté des francophones » n'est pas nécessairement celui qu'on lui prête. Le fait qu'il cristallise la haine des francophones en réjouit plus d'un, en Flandre. Il permet aux radicaux qui peuplent, aussi, les rangs du CD&V, de se faire entendre au sein de leur parti, sans avoir besoin de déployer trop d'efforts. En effet : De Wever n'est rien d'autre que le révélateur de sentiments nationalistes flamingants qui dominent désormais largement au nord du pays, et singulièrement au CD&V. Le parti social-chrétien flamand a toujours eu une aile flamingante. Mais, aujourd'hui, c'en est terminé du subtil partage des rôles - les radicaux au gouvernement flamand, les « pragmatiques » au fédéral : le sens du compromis s'est perdu au cours des huit longues et inédites années d'opposition au fédéral, entre 1999 et 2007.

L'intransigeance est à l'honneur.

L'intransigeance est désormais à l'honneur à tous les échelons. Seuls quelques « sages » (Jean-Luc Dehaene, Wilfried Martens, Herman Van Rompuy), d'ailleurs qualifiés de has been par leurs pairs, tentent encore de faire entendre la voix de la raison. Les autres, et ils sont bien plus nombreux, témoignent tous, à des degrés divers, d'un amour immodéré pour la seule Flandre. A leurs yeux, l'Etat fédéral est devenu l'empêcheur de tourner en rond. Le niveau qui empêche le Nord de gérer « ses » affaires comme il l'entend, sans conflit idéologique majeur, en « chef de famille » aisé, certes, mais également prévoyant.

Les francophones commettraient donc une erreur de taille en rendant l'horripilant Bart De Wever seul responsable de la crise de régime qui paralyse le pays depuis plus d'un an. Le président de la N-VA n'est qu'un arbre qui cache la forêt flamingante. De Wever a révélé l'incapacité du système belge à encore gérer les « vrais problèmes des gens » de manière satisfaisante, dans un cadre de pensée et d'actions commun aux francophones et aux Flamands. Même si la N-VA se séparait du CD&V le 21 septembre - ce qui est fort peu probable -, à l'issue d'un congrès que l'on dit à hauts risques, cela ne changerait rien à cette réalité-là.

I. Ph.


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